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AZF, 25 ans après : la prévention des risques industriels se joue aussi dans les gestes ordinaires

Le 21 septembre 2001, à 10 h 17, une explosion frappe l’usine AZF de Toulouse. Trente et une personnes perdent la vie. Des milliers d’autres sont blessées ou durablement affectées. L’onde de choc traverse la ville, endommage des logements, des établissements scolaires et des entreprises. Vingt-cinq ans plus tard, la première place revient à celles et ceux qui ont été tués, blessés ou dont l’existence a été bouleversée. La Ville de Toulouse a commémoré les 31 victimes le 21 septembre 2026.

Pour les professionnels de la prévention, cet anniversaire appelle aussi une question exigeante : que reste-t-il d’un retour d’expérience quand les années passent, que les équipes changent et que les habitudes reprennent le dessus ?

Ce que l’explosion d’AZF nous rappelle

L’explosion s’est produite dans un bâtiment où était entreposé du nitrate d’ammonium déclassé. La catastrophe rappelle l’importance des conditions concrètes de stockage, de la connaissance des produits présents et de la maîtrise des opérations qui les amènent dans un même espace. Réduire AZF à une seule erreur ou à un scénario spectaculaire ferait perdre de vue l’essentiel : dans une installation industrielle, la sécurité dépend de décisions prises bien avant le jour de l’accident, puis vérifiées dans le fonctionnement quotidien. La fiche de retour d’expérience du BARPI retrace l’accident et ses enseignements.

Il faut également être précis sur la nature du risque. AZF n’était pas une explosion d’atmosphère explosive au sens ATEX. L’accident concernait un stock de nitrate d’ammonium. Pour A2SE Conseil, dont l’expertise porte notamment sur les risques ATEX, la distinction compte : chaque phénomène dangereux possède ses mécanismes et ses moyens de prévention. Le point commun se trouve dans la méthode : comprendre les substances, les situations réelles d’exploitation et les événements capables de faire évoluer le risque.

Une réglementation renforcée, un travail de prévention toujours vivant

La catastrophe a profondément marqué la politique française de prévention des risques technologiques. La loi du 30 juillet 2003 a notamment introduit les plans de prévention des risques technologiques (PPRT), destinés à mieux prendre en compte les effets possibles d’un accident majeur sur les territoires voisins des sites concernés. Elle a aussi renforcé la place de l’information et de la concertation autour des installations à risques. Le texte de la loi est consultable sur Légifrance.

Ces évolutions ont changé le cadre dans lequel les exploitants évaluent et maîtrisent les dangers. Mais une étude de dangers, une procédure de stockage ou un plan d’urgence ne suffisent que s’ils restent accordés à ce qui se passe sur le terrain. Une zone peut changer d’usage. Un produit peut être reclassé. Un déchet peut emprunter un autre circuit. Une entreprise extérieure peut intervenir dans un atelier dont elle ne connaît pas toutes les contraintes. À chaque fois, une question revient : l’analyse des risques décrit-elle encore la situation telle qu’elle existe aujourd’hui ?

Le stockage et les flux méritent la même attention que la production

Dans l’industrie, le regard se porte naturellement sur les procédés : température, pression, équipements, maintenance, conduite des installations. Les lieux de stockage et les flux de matières peuvent paraître plus familiers, parfois moins critiques. Ils concentrent pourtant des enjeux décisifs : identification des produits, compatibilité entre substances, quantités réellement présentes, état des contenants, durée de séjour et destination des produits non conformes ou des déchets. L’INRS documente notamment les réactions dangereuses possibles du nitrate d’ammonium avec d’autres substances.

Un contrôle utile ne consiste donc pas seulement à vérifier qu’un local possède la bonne signalétique. Il consiste à suivre le chemin d’une matière, de sa réception à sa sortie, et à comparer ce parcours aux hypothèses retenues dans l’évaluation des risques. Qui décide qu’un produit rejoint telle zone ? Comment l’identifie-t-on lorsqu’il change de statut ? Que se passe-t-il lorsqu’une opération dévie du circuit prévu ? Les réponses doivent pouvoir être observées sur place, comprises par les personnes concernées et partagées entre les services.

Les écarts modestes sont souvent les plus faciles à normaliser

Un rangement provisoire qui dure, une consigne connue « de mémoire », une séparation de produits dont la logique n’est plus expliquée : ces situations ne provoquent pas mécaniquement un accident. Elles indiquent toutefois que le dispositif de prévention peut s’éloigner du travail réel.

C’est là que l’audit et le retour d’expérience prennent tout leur sens. Lorsqu’un écart est signalé, le sujet n’est pas seulement de le faire disparaître pour le prochain contrôle. Il faut comprendre pourquoi il est devenu possible, voire pratique, et vérifier si la même situation pourrait exister ailleurs sur le site. Cette démarche suppose d’écouter les équipes, d’examiner les interfaces entre production, logistique, maintenance et sous-traitance, puis de suivre les actions correctives jusqu’à leur effet réel.

Vingt-cinq ans après, poser les bonnes questions

L’héritage d’AZF ne tient pas dans une formule commémorative. Il se mesure à la capacité d’une organisation à réexaminer ses hypothèses : les inventaires reflètent-ils les produits effectivement présents ? Les conditions de stockage sont-elles compatibles avec leurs propriétés ? Les modifications d’activité sont-elles intégrées aux analyses ? Les équipes savent-elles reconnaître et faire remonter une situation inhabituelle ? Les dispositifs d’alerte et de gestion de crise tiennent-ils compte des personnes exposées au-delà du site ?

Ces questions n’ont pas toutes la même réponse selon les établissements. Elles exigent pourtant la même discipline : confronter les documents au terrain et accepter de réviser ce que l’on croyait acquis. C’est ainsi qu’un anniversaire peut devenir autre chose qu’une date dans un calendrier : un moment pour rendre la prévention plus concrète, au travail, dans les installations et pour leur voisinage.

Chez A2SE Conseil, nous accompagnons les industriels dans l’évaluation et la maîtrise de leurs risques, notamment en matière d’ATEX. Cet accompagnement commence par une question simple, à poser régulièrement : ce que nous pensons maîtriser correspond-il encore à ce qui se passe réellement ?

 

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