Le risque ATEX est traditionnellement évalué à partir de paramètres bien connus : nature des produits, procédés industriels, sources potentielles d’inflammation, ventilation, organisation du travail ou encore caractéristiques des équipements. Mais dans un contexte où les températures extérieures atteignent régulièrement des niveaux autrefois exceptionnels, une question mérite désormais d’être posée : les fortes chaleurs peuvent-elles modifier certaines conditions favorisant la formation d’une atmosphère explosive ?
Sans remettre en cause les fondamentaux de la réglementation ATEX, l’évolution du climat conduit de plus en plus d’exploitants à s’interroger sur l’adaptation de leurs analyses de risques et de leurs mesures de prévention.

Lorsque la chaleur favorise l’émission de vapeurs inflammables
Dans de nombreux secteurs industriels, la présence de liquides inflammables fait partie du quotidien. Solvants, hydrocarbures, alcools, peintures, résines ou encore certains produits chimiques présentent tous une caractéristique commune : leur volatilité augmente avec la température.
Concrètement, plus un produit est chaud, plus il émet de vapeurs susceptibles de se mélanger à l’air ambiant. Dans certaines situations, notamment lors des opérations de stockage, de transfert ou de maintenance, cette augmentation des émissions peut favoriser la constitution d’une atmosphère inflammable dans des zones habituellement peu sollicitées.
Les systèmes de ventilation jouent alors un rôle essentiel. Or, lors des épisodes caniculaires, leur efficacité peut être réduite par des conditions ambiantes plus défavorables, notamment dans les bâtiments industriels peu ventilés ou les espaces confinés.
Il ne s’agit pas d’affirmer qu’une vague de chaleur crée à elle seule une zone ATEX. En revanche, elle peut contribuer à modifier certaines conditions d’exploitation et réduire les marges de sécurité prévues lors de l’analyse initiale.
Des équipements davantage sollicités
La maîtrise du risque d’inflammation repose également sur les équipements utilisés dans les zones ATEX.
Moteurs électriques, pompes, compresseurs, ventilateurs, armoires électriques ou systèmes d’instrumentation dissipent naturellement de la chaleur pendant leur fonctionnement. Lorsque la température extérieure augmente fortement, leur capacité à évacuer cette chaleur diminue.
Cette situation peut entraîner une élévation de la température de surface de certains matériels. Or, dans l’univers ATEX, la température maximale admissible constitue un critère fondamental de sécurité. Les équipements sont sélectionnés précisément pour éviter qu’une surface chaude puisse devenir une source d’inflammation.
Même si les matériels certifiés sont conçus pour fonctionner dans des conditions exigeantes, les épisodes de chaleur extrême conduisent les exploitants à porter une attention particulière à leur état, à leur maintenance et aux conditions réelles d’utilisation.
Le cas particulier des poussières combustibles
Lorsque l’on évoque le risque ATEX, les gaz et les vapeurs occupent souvent le devant de la scène. Pourtant, les poussières combustibles sont à l’origine d’accidents industriels parfois particulièrement destructeurs.
Les secteurs du bois, de l’agroalimentaire, des céréales, de la chimie ou encore du traitement des déchets sont directement concernés.
Les fortes chaleurs peuvent accentuer certains phénomènes déjà connus. L’assèchement des matières, la diminution de leur teneur en humidité ou encore la remise en suspension plus facile de certaines poussières peuvent modifier les conditions de formation d’une atmosphère explosive.
Dans certains cas spécifiques, l’élévation prolongée des températures peut également favoriser des phénomènes d’auto-échauffement de produits ou de résidus accumulés dans les installations.
Ces situations restent fortement dépendantes des procédés industriels concernés, mais elles illustrent la nécessité d’intégrer les évolutions climatiques dans une réflexion globale sur la prévention.
Des barrières de sécurité mises à l’épreuve
Le risque ATEX ne dépend pas uniquement de la présence d’un produit inflammable ou d’une source d’inflammation. Il repose également sur un ensemble de barrières techniques et organisationnelles destinées à empêcher qu’un événement dangereux ne se produise.
Parmi ces barrières figurent notamment les systèmes de ventilation, les dispositifs de refroidissement, les équipements de surveillance, les capteurs ou encore certaines installations électriques.
Les épisodes de canicule exercent une pression supplémentaire sur ces dispositifs. Une surchauffe d’équipement, une dégradation accélérée de composants, une perte de performance d’un système de refroidissement ou une sollicitation accrue des réseaux électriques peuvent fragiliser des mécanismes de protection pourtant efficaces dans des conditions normales d’exploitation.
Cette réalité conduit de nombreux industriels à s’interroger sur la robustesse de leurs installations face à des conditions climatiques devenues plus sévères que celles envisagées lors de leur conception.
Le changement climatique : un nouveau paramètre de l’analyse des risques ?
Les principes de la réglementation ATEX demeurent inchangés. Cependant, les hypothèses retenues lors de certaines études méritent parfois d’être réévaluées à la lumière de l’évolution des conditions environnementales.
Cette réflexion concerne notamment :
- les températures ambiantes prises en compte lors de l’évaluation des risques ;
- les performances réelles des systèmes de ventilation ;
- les conditions de stockage des produits inflammables ;
- les programmes de maintenance des équipements ;
- la surveillance des phénomènes d’échauffement ;
- l’actualisation du Document Relatif à la Protection Contre les Explosions (DRPCE).
L’objectif n’est pas de multiplier les contraintes réglementaires, mais de s’assurer que les mesures de prévention restent adaptées aux conditions réelles auxquelles les installations sont désormais confrontées.
Anticiper plutôt que subir
Le changement climatique transforme progressivement de nombreux paramètres de fonctionnement des sites industriels. Les atmosphères explosives ne font pas exception à cette évolution.
Les fortes chaleurs ne créent pas automatiquement un risque ATEX. En revanche, elles peuvent influencer certains facteurs qui participent à sa maîtrise : émissions de vapeurs inflammables, comportement des poussières combustibles, performances des équipements ou efficacité des barrières de sécurité.
Pour les exploitants, la question n’est donc plus seulement de respecter les exigences réglementaires existantes. Elle consiste également à vérifier que les analyses de risques réalisées hier demeurent pleinement pertinentes dans le contexte climatique d’aujourd’hui et de demain.
Dans cette démarche, l’actualisation régulière des études ATEX et du DRPCE constitue un levier essentiel pour maintenir un niveau de sécurité adapté à l’évolution des risques industriels.
Quelques références réglementaires et techniques pour illustrer notre propos
N’hésitez pas à cliquer sur les titres des 4 références mentionnées ci-dessous pour pouvoir accéder à leurs contenus détaillés.
La directive européenne 1999/92/CE constitue le texte de référence concernant la protection des travailleurs exposés aux risques liés aux atmosphères explosives. Elle impose notamment à l’employeur :
- l’évaluation du risque d’explosion ;
- la classification des zones ATEX ;
- la mise en œuvre de mesures de prévention adaptées ;
- la rédaction et la mise à jour du Document Relatif à la Protection Contre les Explosions (DRPCE).
Cette référence est particulièrement intéressante dans le cadre de l’article que vous êtes en train de lire, car elle permet d’introduire l’idée que toute évolution significative des conditions d’exploitation — notamment environnementales ou climatiques — peut nécessiter une réévaluation des risques.
L’INRS rappelle que l’ensemble de la démarche de prévention du risque d’explosion doit être formalisé dans le DRPCE, incluant :
- l’analyse des dangers ;
- l’évaluation des risques ;
- les mesures techniques et organisationnelles mises en place ;
- le plan d’actions de prévention.
Les épisodes de chaleur extrême peuvent conduire les entreprises à réexaminer certaines hypothèses prises en compte dans leur analyse des risques.
Le Code du travail précise que le DRPCE doit être révisé lorsqu’interviennent des modifications notables concernant :
- les lieux ;
- les équipements de travail ;
- l’organisation du travail.
Même si le texte ne mentionne évidemment pas explicitement le changement climatique, il constitue un fondement réglementaire pertinent pour expliquer pourquoi certaines entreprises peuvent être amenées à réactualiser leur démarche ATEX face à des conditions environnementales devenues durablement plus contraignantes.
L’INERIS souligne l’importance de la prise en compte du risque explosion dans le DUERP et dans le DRPCE, notamment concernant :
- les équipements ;
- la ventilation ;
- les opérations de maintenance ;
- les interventions en zone ATEX.
Cette référence est particulièrement intéressante pour faire le lien avec les problématiques évoquées dans l’article : échauffement des équipements, dégradation des performances de ventilation et robustesse des barrières de sécurité lors des épisodes de canicule.