Pourquoi une nouvelle édition de la norme IEC 60079-10-2 ?
Les atmosphères explosibles liées aux poussières combustibles représentent un risque majeur dans de nombreux secteurs industriels. Agroalimentaire, travail du bois, chimie, recyclage, plasturgie ou encore production de biomasse : partout où des poussières combustibles sont générées, une évaluation rigoureuse des risques d’explosion est indispensable.
Ainsi, la norme IEC 60079-10-2 constitue la référence internationale pour le classement des emplacements présentant un risque d’atmosphère explosible dû aux poussières combustibles. Son objectif est d’identifier les zones où une atmosphère explosive peut se former afin de sélectionner des équipements adaptés et de mettre en œuvre les mesures de prévention appropriées.
Cette troisième édition constitue une révision technique de l’édition de 2015. Elle vise notamment à harmoniser davantage les pratiques avec celles déjà retenues pour les atmosphères explosives gazeuses dans l’IEC 60079-10-1, tout en intégrant les retours d’expérience accumulés ces dernières années.
L’enjeu n’est donc pas de modifier en profondeur les règles de zonage, mais plutôt de rendre leur application plus cohérente et plus représentative des situations réellement rencontrées sur le terrain.
Les couches de poussières ne peuvent plus être considérées comme un risque secondaire
Lorsqu’on évoque une explosion de poussières, l’image qui vient spontanément à l’esprit est celle d’un nuage de poussières en suspension. Pourtant, les couches de poussières déposées sur les structures, les machines, les chemins de câbles ou les faux plafonds constituent elles aussi une source de danger importante.
Une couche de poussière peut s’échauffer progressivement au contact d’une surface chaude. Elle peut également être remise en suspension lors d’une opération de nettoyage, d’une intervention de maintenance ou simplement sous l’effet des vibrations d’une installation. Ce phénomène peut alors créer un nuage explosible dans une zone qui paraissait jusqu’alors maîtrisée. La nouvelle édition de la norme renforce précisément cette approche. Elle apporte des recommandations complémentaires concernant l’évaluation des couches de poussières, leur épaisseur et leur potentiel d’inflammation sur des surfaces chaudes.
Cette évolution rappelle qu’un zonage ATEX ne peut pas être limité aux seules émissions de poussières en fonctionnement normal. Il doit également intégrer les conséquences possibles de leur accumulation dans le temps.
Le nettoyage devient un véritable paramètre du classement ATEX

C’est probablement l’un des messages les plus concrets adressés aux exploitants. Depuis longtemps, les procédures de nettoyage sont reconnues comme une mesure essentielle de prévention des explosions de poussières. La nouvelle édition de la norme leur confère toutefois une importance encore plus marquée.
Les exemples de classification présentés dans le document reposent explicitement sur l’hypothèse d’un entretien efficace des installations. À défaut, la formation de couches de poussières et leur possible remise en suspension doivent être intégrées dans le classement des emplacements. Autrement dit, la qualité du housekeeping ne relève plus uniquement de l’organisation interne de l’entreprise. Elle influence directement l’évaluation du risque d’explosion.
Cette évolution souligne l’importance de procédures de nettoyage formalisées, adaptées aux procédés industriels et effectivement appliquées sur le terrain.
Une approche plus homogène du zonage ATEX
Cette nouvelle édition procède également à une importante réorganisation de plusieurs chapitres de la norme. Les principes de sécurité, les objectifs du classement des emplacements, la gestion des modifications, les compétences attendues des intervenants ainsi que la procédure de classification ont été restructurés afin de faciliter leur application et d’améliorer leur cohérence avec les autres normes de la série IEC 60079.
Pour les exploitants disposant de plusieurs sites industriels, cette harmonisation constitue un véritable avantage. Elle favorise une lecture plus homogène des études de zonage et limite les différences d’interprétation entre différents intervenants.
Les études de zonage existantes doivent-elles être mises à jour ?
C’est naturellement la question que se posent de nombreux responsables HSE depuis la publication de cette nouvelle édition, et la réponse est nuancée.
La publication d’une nouvelle norme ne rend pas automatiquement obsolètes toutes les études réalisées selon l’édition précédente. En revanche, elle constitue une excellente occasion de vérifier que le classement des emplacements reflète toujours fidèlement la réalité de l’installation.
Cette réflexion est d’autant plus pertinente lorsque :
- des modifications de procédé ont été réalisées ;
- les équipements ont évolué ;
- les flux de production ont changé ;
- les procédures de nettoyage ont été modifiées ;
- plusieurs années se sont écoulées depuis la dernière étude.
La norme recommande par ailleurs d’intégrer cette réflexion dans la gestion des changements et évoque un intervalle de trois ans pour la révision de la classification des emplacements.
Une étude de zonage ne doit donc pas être considérée comme un document figé. Elle accompagne l’évolution de l’installation tout au long de son cycle de vie.
Quels secteurs industriels sont concernés ?
Si les industries chimiques sont naturellement concernées, les risques liés aux poussières combustibles sont présents dans de nombreux autres secteurs d’activité. C’est notamment le cas de l’agroalimentaire, des silos céréaliers, des meuneries, des fabricants d’aliments pour animaux, de la filière bois, des industries papetières, de la plasturgie, du recyclage, de la pharmacie, de la métallurgie des poudres ou encore des installations de valorisation énergétique utilisant la biomasse.
Dans toutes ces activités, une étude de zonage ATEX constitue un élément essentiel de la prévention des explosions.
Une évolution normative qui invite surtout à réinterroger les pratiques
La publication de l’IEC 60079-10-2:2026 ne constitue pas une rupture avec les pratiques existantes. Elle traduit plutôt une évolution de la manière d’appréhender le risque lié aux poussières combustibles. En accordant davantage d’importance aux couches de poussières, à leur remise en suspension, aux procédures de nettoyage et à une harmonisation des méthodes de classement, cette nouvelle édition rapproche encore davantage les études de zonage de la réalité industrielle.
Pour les exploitants, l’enjeu n’est pas de refaire systématiquement une étude de zonage. Il s’agit avant tout de s’assurer que celle dont ils disposent aujourd’hui décrit toujours fidèlement leur installation, leurs procédés et leurs pratiques d’exploitation.
Chez A2SE Conseil, nous accompagnons depuis plus de vingt ans les industriels dans leurs études de zonage ATEX, leurs DRPCE, leurs audits et leurs démarches de prévention des risques d’explosion. Parce qu’un classement des emplacements n’est jamais un simple exercice documentaire, mais un outil essentiel au service de la sécurité des personnes, des installations et de la continuité de production.
Source :IEC 60079-10-2, Norme Internationale, Edition 3.0 2026-06
Pour finir, comment définir le « housekeeping » ?
Dans le domaine de la prévention des risques industriels et des atmosphères explosibles (ATEX), le terme housekeepingdésigne l’ensemble des pratiques d’entretien, de nettoyage et de maintien en bon état des installations visant à éviter l’accumulation de matières susceptibles de créer un danger.
Appliqué aux poussières combustibles, le housekeeping ne consiste pas simplement à « faire le ménage ». Il s’agit d’une démarche organisée qui comprend notamment :
- le nettoyage régulier des dépôts de poussières sur les équipements, les structures, les chemins de câbles et les surfaces en hauteur ;
- le choix de méthodes de nettoyage adaptées (par exemple, l’utilisation d’aspirateurs certifiés ATEX plutôt que le soufflage à l’air comprimé, qui peut remettre les poussières en suspension) ;
- la définition de fréquences de nettoyage en fonction des procédés et des niveaux d’empoussièrement ;
- la surveillance des zones difficiles d’accès où les poussières ont tendance à s’accumuler ;
- la formalisation des procédures et la sensibilisation du personnel.
Dans la nouvelle IEC 60079-10-2:2026, le housekeeping prend une importance particulière. La norme précise que les exemples de classification des emplacements reposent sur l’hypothèse qu’un système d’entretien efficace est mis en œuvre pour empêcher l’accumulation de couches de poussières. À défaut, la classification doit tenir compte du risque de formation de nuages de poussières explosibles par remise en suspension de ces dépôts.