Sensibilisation

Pluies intenses et site industriel : quels scénarios vérifier dans son analyse de risques ?

Une cour inondée, une armoire électrique hors service, un stockage devenu inaccessible. Sur un site industriel, les fortes pluies peuvent déclencher une succession de défaillances. Anticiper ces enchaînements permet de mieux protéger les personnes, les installations et l’environnement.

Dans son flash publié le 14 septembre 2026, le BARPI revient sur la vulnérabilité des installations industrielles face aux pluies intenses et aux crues rapides. Cette publication partage des enseignements issus du retour d’expérience pour aider les exploitants à mieux se préparer.

Pour les responsables de site, les équipes HSE et la maintenance, une question mérite alors d’être posée : si l’eau atteint les installations, quelles fonctions de sécurité resteront réellement disponibles ?

Quand un phénomène naturel devient un accident industriel

Une inondation peut endommager des bâtiments ou interrompre la production. Elle peut également provoquer un accident technologique : c’est ce que désigne le terme NaTech, qui associe les risques naturels et technologiques. Une perte de confinement, un incendie ou un rejet dangereux peuvent ainsi avoir pour événement déclencheur un phénomène extérieur au procédé industriel.

L’analyse des risques doit donc examiner les conséquences de l’arrivée d’eau sur les équipements, mais aussi sur leurs interactions. L’Ineris recommande une démarche articulant la caractérisation de l’aléa, l’identification des séquences accidentelles et la définition de mesures techniques et organisationnelles adaptées.

Concrètement, plusieurs scénarios méritent d’être étudiés.

Une arrivée d’eau par un chemin sous-estimé

Le premier travail consiste à comprendre comment l’eau pourrait atteindre les installations. Débordement d’un cours d’eau, ruissellement, remontée de nappe ou submersion marine correspondent à des mécanismes différents. La hauteur d’eau, sa vitesse, sa durée de présence et la rapidité de sa montée influencent les conséquences possibles. Ineris

Une visite de terrain permet de confronter les informations disponibles à la configuration réelle du site : points bas, accès en pente, quais, locaux enterrés, traversées de réseaux ou zones de stockage extérieures.

L’objectif est de suivre le cheminement possible de l’eau jusqu’aux équipements sensibles. À quel endroit atteindrait-elle d’abord une fonction indispensable ? Une modification récente des voiries ou des stockages a-t-elle changé les écoulements ?

Les données de Géorisques et les documents locaux de prévention des inondations constituent des points d’entrée pour préciser l’exposition du site.

Une coupure électrique qui neutralise aussi les secours

Une perte d’alimentation peut compromettre le maintien en sécurité d’un procédé, notamment lorsque des produits nécessitent un refroidissement permanent.

L’accident survenu en août 2017 sur le site Arkema de Crosby, aux États-Unis, illustre cet enchaînement. L’inondation a entraîné la perte de l’alimentation électrique et de plusieurs moyens de secours. Des peroxydes organiques privés de refroidissement ont ensuite provoqué des incendies.

La question à examiner est donc celle de la vulnérabilité commune des équipements principaux et de secours. Un groupe électrogène reste-t-il utilisable si l’eau atteint son emplacement ? Les alimentations de secours, leurs raccordements et les équipements qu’elles desservent sont-ils exposés au même événement ?

Dans l’analyse, il est utile de tester une perte simultanée de plusieurs fonctions, puis d’évaluer le temps disponible pour placer le procédé dans un état sûr.

Des stockages déplacés et un confinement compromis

L’eau peut solliciter mécaniquement les équipements : soulèvement, glissement, renversement ou choc d’objets transportés par le courant. Ces phénomènes peuvent provoquer une fuite au niveau d’un réservoir ou d’une tuyauterie. Une rétention peut également perdre son efficacité lorsqu’elle est submergée ou endommagée.

Ce scénario invite à examiner la stabilité des stockages, leurs supports, les raccordements et les moyens de confinement.

Pour chaque zone sensible, une question concrète permet d’orienter la réflexion : si un produit est libéré pendant l’inondation, où pourrait-il être entraîné ?

L’examen des réseaux et des écoulements doit alors intégrer les conséquences possibles à l’extérieur du site, ainsi que les limites des dispositifs de collecte lorsque les volumes d’eau dépassent les conditions habituelles de fonctionnement.

Des conditions inhabituelles qui modifient le risque ATEX

Le lien entre fortes pluies et risque d’explosion dépend des produits et des installations concernés. Certains produits hydroréactifs peuvent, au contact de l’eau, dégager des gaz inflammables ou toxiques.

Sur un site utilisant des substances inflammables, un autre scénario à examiner est celui d’une fuite associée à la perte de ventilation ou d’extraction. Il faut alors déterminer si les conditions permettant d’éviter la formation d’une atmosphère explosive restent assurées.

Cette réflexion prolonge la démarche de prévention ATEX : analyser les situations de fonctionnement, les dysfonctionnements prévisibles et les interventions susceptibles de créer des conditions dangereuses. Les opérations de nettoyage et de maintenance après l’événement méritent également une attention particulière

Une mise en sécurité devenue impossible à temps

Une procédure peut prévoir les bonnes actions tout en devenant inapplicable si l’eau monte trop vite. L’accès aux installations peut être coupé, tandis que les secours extérieurs sont mobilisés sur d’autres urgences.

Il est donc utile de tester l’organisation avec une situation précise : une alerte reçue de nuit, un effectif réduit et une voie d’accès indisponible.

Qui reçoit l’information ? Qui décide de suspendre les opérations ? Combien de temps faut-il pour arrêter le procédé et sécuriser les stockages ? Ces actions peuvent-elles être réalisées avant que les déplacements deviennent dangereux ?

L’enjeu est de définir des seuils de décision suffisamment précoces, puis de vérifier leur faisabilité avec les équipes concernées. L’Ineris souligne à ce titre l’intérêt de procédures de mise en sécurité sur alerte.

Une reprise d’activité engagée trop rapidement

La décrue ouvre une nouvelle phase de vigilance. Avant toute remise en service, l’état des installations doit être vérifié. L’INRS rappelle ce principe quelle que soit la cause de l’arrêt, y compris après un incident ou une coupure d’énergie.

Après une inondation, la préparation de la reprise doit ainsi préciser les contrôles nécessaires, les compétences à mobiliser et les conditions autorisant le redémarrage. Elle doit aussi intégrer les opérations de nettoyage, les interventions de maintenance et la remise en fonctionnement des protections.

Faire de ces scénarios un outil de prévention

La prévention du risque inondation gagne à réunir les équipes HSE, la production et la maintenance autour des installations réelles. Pour chaque scénario, le travail consiste à identifier les fonctions menacées, vérifier les protections disponibles et définir les actions prioritaires.

Pour A2SE Conseil, cette approche rejoint un enjeu central du management des risques industriels : vérifier que les mesures de prévention restent efficaces lorsque les conditions d’exploitation se dégradent.

Vous souhaitez réexaminer vos scénarios de défaillance, vos risques ATEX ou vos pratiques de mise en sécurité ? Échangez avec A2SE Conseil pour préciser les besoins de votre site.

 

Sources :

• Fortes pluies et installations industrielles : comment réduire la vulnérabilité ? – BARPI, Septembre 2026

• Le risque NaTech : le risque inondation rapide, INERIS, Juin 2026

• Le risque NaTech : le risque d’inondation lente, INERIS, Juin 2026

• Démarche de prévention des risques, INRS