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[Épisode 3] – Après Courrières, les débuts de la recherche expérimentale sur les poussières explosives

By Sébastien Taraud  23 juillet 2019

Après la catastrophe de Courrières et la mise en place de dispositifs plus importants en matière de sécurité des mineurs, des stations d’essais dédiées à la recherche expérimentale sur les poussières explosives vont voir le jour.

La station d’essais de Liévin

S’il y a bien une chose qui a été mise en avant au lendemain de la catastrophe de Courrières, c’est bien le manque de recherches expérimentales sur le sujet de l’explosion liée aux poussières. Pour palier cet état de fait, la première station d’essais dédiée à l’étude de la propagation de la poussière de charbon et de la question de la sécurité dans les mines, verra le jour en 1907 à Liévin dans le Pas-De-Calais.

 

Série histoire de l'ATEX - A2SE Conseil

 

 

 

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La station d’essais de Liévin était un lieu très complet en matière d’équipements et celle-ci nourrissait de fortes ambitions en matière de recherche expérimentale.  Elle comprenait entre autre, une galerie de 300m reproduisant les conditions intérieures de la mine, un laboratoire de chimie ainsi que de pyrotechnie, une galerie spécialement dédiée à l’étude des explosifs… Liévin fût la première station à disposer de moyens aussi performants. Elle possédait également des dispositifs capables de mesurer la pression et la vitesse de propagation d’un flamme, par exemple.

C’est aussi au sein de cette station qu’a été crée le premier poste de secours en accord avec 19 compagnies du Nord Pas de Calais. Ce poste de secours regroupait tous les sauveteurs prêts à intervenir dans toute la région ainsi que tous les futurs sauveteurs qui suivaient une formation.

Elle fût la première station d’essai de taille réelle capable d’étudier l’inflammabilité des poussières de charbon. Plus de mille explosions ont été réalisées durant sept années. De nombreuses expérimentations ont permis de tirer des conclusions. Comme le fait que les poussières sont bien inflammables, contrairement à ce que beaucoup pouvaient penser à l’époque. La station de Liévin a permis également de déterminer et faire reconnaître les conditions favorisant les explosions, comme les différences de composition du charbon, ou bien encore l’humidité de l’air par exemple. Les expériences menées à Liévin ont également permis de faire des préconisations relatives aux poussières de charbon comme : l’arrosage, la création “d’arrêts barrages”, l’utilisation de grisoumètre.

En 1914, les recherches sont stoppées net à cause du début de la Première Guerre Mondiale. Les hommes sont mobilisés et la station est détruite. Le Ministère du Travail mobilise alors les femmes et les enfants pour remplacer les hommes partis à la guerre. Les recherches minières ne peuvent plus avoir lieu car la main d’oeuvre travaille dans les usines pour « l’effort de guerre »

Toutes les investigations de cette station d’essai menées par l’ingénieur Taffanel seront reconnues de façon internationale, aussi bien pour la qualités des recherches  menées que pour leurs résultats.

 

La station d’essais de Montluçon

Série histoire de l'ATEX - A2SE Conseil

 

Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, les recherches reprennent car malgré les progrès réalisés en terme de sécurité, notamment grâce aux travaux de Taffanel à Liévin, le niveau de sécurité et de prévention des risques n’est pas encore suffisant. Entre autre parce que certaines explosions n’ont pas encore été élucidées. La nouvelle station d’essais de Montluçon sera mise en service en 1921 et aura pour missions de poursuivre les recherches de la station de Liévin en reprenant ses résultats des recherches passés en vue de les approfondir. Le site de Montluçon, plus élaboré que celui de Liévin, est composé de laboratoires et d’ateliers de préparation de combustibles ainsi que d’une galerie de 150 m. La station est dirigée par Audibert, lequel souhaite développer les relations avec l’international pour avancer plus vite sur le sujet de la prévention du risque explosif et de la sécurité,  entre autre en partageant les résultats des recherches. C’est d’ailleurs lui qui mit en place la « Conférences internationales des Directeurs de Stations d’Essais sur la sécurité dans les mines » en 1931 et qui se déroula tous les deux ans. Il créa aussi des conférences de 3 jours dédiées aux ingénieurs rassemblant jusqu’à 150 personnes. 

La station de Montluçon poursuivra ses recherches jusqu’en 1947 malgré une destruction partielle du site en 1943, pendant la Seconde Guerre Mondiale. C’est d’ailleurs en 1947 que sera créé le CERCHAR (Centre d’études et de recherches des charbonnages de France), ancêtre de l’INERIS

La suite au prochain épisode…

 

Sources : Philippe Cassini, Jean-François Raffoux, Christian Tauziède. L’héritage de Courrières : de la sécurité minière à la sécurité industrielle.. 10 mars 1906 : la catastrohpe des mines de Courrières.. et après ?, 2007, Lewarde, France. pp.179-188. ineris-00140515

 

Épisodes précédents :

[Épisode 2] – Les dispositifs de sécurité après Courrières

[Épisode 1] – Catastrophe de Courrière : les prémices de la maîtrise du risque d’explosion.